La Touche Etoile
Réflexion sur la destinée mais aussi roman qui reprend les thèmes chers à son auteur, '' la Touche Etoile '' est une vraie cure de jouvence pour celles qui, comme Alice et Marion, ne craignent pas de regarder la vie - et la mort- en face.
Au travers de ces pages, on peut apprécier le combat d'une féministe d'avant-garde, une des précurseurs bien avant Simone Veil. Parfois le féminisme jusqueboutiste, parfois le sentiment d'être passé à coté de l'essentiel et de n'avoir pas profité de toutes le richesses de l'existence, jusqu'à la fameuse touche étoile..
Pourtant, ce qui m'a le plus ému dans ce roman, c'est la manière dont Benoite Groult va évoquer son passage à un âge avancé de la vie, son refus de se laisser dépasser par les évènements, de choisir elle-même ce qui est peut lui être profitable, de ne pas succomber aux sirènes de la modernité.
Néanmoins, qu'il est agaçant de constater que chaque décision est à placer dans un combat en faveur des femmes...Les achats les plus simples revêtent parfois un caractère si symbolique ...Agaçant pour un homme, surement admirable pour une femme!!
Que dire des lettres échangées avec sa soeur Hélène, de son entêtement à vouloir choisir sa mort et ne pas la subir..Un merveilleux témoignage...
La première phrase :
On m'appelle Moira. Vous croyez ne pas me connaître mais tout le monde vit plus ou moins avec moi sans le savoir et je tiendrai une place croissante dans la plupart de vos vies.
Un extrait :
Pense à ce qu'il faut mettre en jeu pour marcher, ce n'est plus marcher, c'est se déplacer d'un point à un autre. Et rappelle-toi qu'un jour, même ça, ça paraîtra miraculeux. En attendant, il faut réfléchir au pas suivant et coordonner ses efforts comme fait le petit enfant. Les uns, les plus gros, roulent de droite et de gauche comme si chaque jambe était successivement la plus courte ! Les maigres ont conservé une allure martiale qui n'est plus que raideur et exposent des genoux osseux et des mollets de coq entre le short et la chaussure de brousse. On découvre en la perdant que la beauté d'un geste échappe à la description. Quand la marche ne va plus de soi, c'est un peu de l'harmonie du monde qui est remise en cause. Nous devenons des échafaudages improbables où la défection d'un seul boulon suffit à compromette tout l'édifice.