Indigènes
Du fin fond de l'Atlas, de Kabylie, de Dakar ou de Côte d'Ivoire vous êtes venus.
Vous chantiez la France comme la mère patrie, pourtant vous étiez en terre inconnue.
Sans rancoeur malgré les sévices infligés par l'armée française dans les anciennes colonies.
Nous sommes en 1944, les Tirailleurs fut votre nom.Votre rêve: libérer Paris.
La plupart d'entre vous n'a jamais combattu, ni tenu une arme encore moins une grenade!
Pourtant dès l'Italie vous êtes en première ligne, c'est vous que les Allemands canardent!
Vous êtes la chair à canon, ceux dont peu importe le pourcentage de perte!
Malgré votre courage, votre sens du sacrifice, vous êtes tout juste mieux traités qu'une bête!
Jamais vos exploits ne vous rapporteront une quelconque récompense ou promotion.
La hiérarchie militaire est ainsi faite, que vous valeureux tirailleurs, n'aurez jamais de galons!
Il est impensable qu'un bougnoule ou un negre commande un bon petit blanc.
Imaginez donc un seul instant, le sergent Belkacem donner un ordre à Durand...
On dit d'ailleurs de vous que vous ne savez ni lire ni écrire, c'est hélas souvent vrai.
Le règlement militaire avait prévu d'y remédier mais à quoi bon vous allez être massacrés!
Même des économies sont faites sur votre dos: vous n'avez pas droit à la même ration!
De la semoule c'est déjà beaucoup, l'armée respecte parait-il vos traditions...
Puis vient l'hiver 1945..Pour la première fois, la neige , la glace, le froid..
Vous êtes dans les Vosges, vous dormez à même le sol, sans chaussures, ni parka!
Au fur et à mesure que les uns succombent, que la rigueur hivernale les emporte;
Le seul réconfort, c'est de pouvoir prendre aux morts, les vêtements qu'ils portent.
Pendant soixante ans vos pensions de guerre ont été gelées..
C'était le cadeau de la mère patrie après l'avoir sauvé!
A toi Larbi, à toi Bouabdellah, à toi aussi Demba, sans t'oublier toi non plus Badji;
C'est pour vous: pour nous avoir rendu la Liberté, du fond du coeur MERCI.