Flash-Back...
'' Je m'appelle Salomon et j'aurai 33 ans l'année prochaine si le Dieu d'Israel le permet! Autant dire que je suis plus prêt de la fin que du début..Je vis à Thêbes dans une case en paille compactée comme c'est souvent le cas ici, je ne suis à vrai dire ni riche ni pauvre.
Ma case se situe au bord du Nil sur la rive ouest. Vous ne pouvez pas vous imaginer à quel point cela est envoutant de se baigner dans le Nil en cru! Cette merveilleuse couleur ocre, la végétation si abondante et si luxuriante, ce fleuve objet de toutes les joies, de toutes les attentions pour les Egyptiens.
Le Nil est source de vie, celui pour lequel tant d'offrandes et de cultes sont adressées aux divinités chaque jour, Pharaon y jouant un rôle initiatique crucial pour sa fertilité, pour que le limon se dépose sur la terre et que nous puissions semer et récolter.
Notre Pharaon est Ramses II, c'est un grand roi pratiquant la justice et oeuvrant pour le bien de son peuple.
Pourtant, je ne me sens pas en Egypte comme chez moi, je suis Hébreux descendant de la tribu de Lévi. D'ailleurs les Egyptiens ne nous traitent pas comme des leurs non plus, ils nous considèrent comme inférieurs, tout juste bons à être des esclaves! Pour ma part, je suis architecte de formation mais les Egyptiens ne veulent pas reconnaitre mon savoir-faire, alors je tire des blocs de pierre transportés par bateaux sur le Nil et destinés à l'édification du temple en l'honneur de la Grande Epouse Royale. Tout cela, sous la surveillance et les coups de fouet des Egyptiens.
Je travaille dur et me montre infatigable à la tache, au moins cela m'évite le fouet, mais nombreux sont mes compatriotes qui succombent chaque jour de la maltraitance.
Ah ils sont magnifiques les temples que l'on construit en Egypte!! il y en a pour le dieu du soleil, le dieu de la fertilité, celui des chats (c'est mon préféré la déesse Bastet), celui des étoiles...Enfin vous m'avez compris, il y en a pour tout et n'importe quoi...Je ne les comprendrai jamais à ce sujet! Nous les Hébreux, n'avons qu'un Dieu et sa voix se fait de plus en plus pressante ici en Egypte. Notre Dieu nous parle, enfin pas à moi directement non, mais à Moise, le demi-frère de Pharaon! Parfois, j'ai du mal à y croire, que Moise soit un des nôtres! Il a été élevé à la cour, a eu droit aux mêmes instructions que Ramses en personne, a reçu une éducation royale égyptienne et c'est à lui que Dieu parle??? Et puis même si il est surement très instruit, il a tant de difficultés d'élocution que c'est encore plus difficile à croire! Aaron, le véritable frère de Moise lui sert d'interprète quand il doit s'exprimer afin que son handicap ne soit pas considéré comme une faiblesse de notre Dieu.
Et Moise ne cesse de nous rappeler que Yahvé veut mettre fin à cette vie de servitude, qu'il veut que son peuple soit libre et qu'il dispose de son propre territoire.
Chacun de nous désormais s'accroche à ces paroles car les Egyptiens et Pharaon en premier sont furieux des revendications de Moise. Les coups pleuvent sur les nôtres, les pressions de toutes sortes font craquer plus d'un Hébreux, toute tentative de rébellion est sanctionnée par la mort!
Je n'en peux plus de cette situation! Je ne sais pas encore combien de temps je vais tenir!
Yahvé, par l'intermédiaire de Moise et d'Aaron, accomplit des prodiges devant Pharaon afin qu'il laisse le peuple hébreux sortir du pays de sa captivité. La mort de tous les nouveaux-nés mâles d'Egypte finit par enfin infléchir la position du souverain.
Nous sommes 600000 hommes à quitter l'Egypte dans la précipitation, sans compter les femmes et les enfants et en espérant que Pharaon ne change pas d'avis! Nous marchons dans le désert, nous dirigeant vers le mer Rouge.
Notre convoi s'étend sur des dizaines de kilomètres, c'est incroyable cette marée humaine! Je suis en fin de convoi, la chaleur est écrasante, il doit faire pas loin de 50 degrés au soleil voire davantage!
La mauvaise nouvelle se répand assez vite...Pharaon revient sur sa décision! Il envoie sa puissante armée à nos trousses, chars et chevaux se lancent dans une course-poursuite effrénée. C'est la panique au sein de notre convoi, la peur du retour en Egypte et de la mort certaine conduit à de nombreux mouvements de foule. Des dizaines d'enfants, de femmes, de vieillards, sont piétinés et laissés pour morts au bord de la route.
De mon côté, je ne hâte pas la marche pour autant, car je sais que nous nous dirigeons tout droit dans une impasse! La fin de l'épopée est proche, elle va s'achever sur les bancs de sable de la mer Rouge...
Tout ça pour ça...Merci Yahvé..C'est comme cela que tu comptais nous sauver?
Ca y est toute la cohorte est face à la mer Rouge...Le désespoir, la peur mêlée à la colère se lit sur tous les visages.
Moise fait son devoir de guide...Il est à genoux implorant l'aide de Dieu. Il ne doit pas être loin d'être le seul à espérer encore un sauvetage quelconque! Tous sont résignés et attendent la mort.
Que pourrait-on espérer d'autre d'ailleurs??
A ma gauche, le désert....Ocre, jaune, des montagnes de sable, de poussière, de pierres, à perte de vue...L'horizon est sans fin, sans issue non plus.
A ma droite, je vois le même spectacle saisissant! Le désert n'est qu'une bête avide et orgueuilleuse, engloutissant tout ceux qui s'y aventure ou qui la defie. Le désert ne pardonne pas, il prend et ne donne rien en retour, c'est la fin de la vie, un no man's land de sable.
Derriere nous, l'armée de Pharaon.. Un nuage de poussière immense s'élève dans le ciel et annonce la charge de la plus puissante armée du monde!
Et que dire de ce qui se situe devant mes yeux? Cette étendue d'eau si merveilleusement enchanteresse! Les nuances de bleu et de vert s'entrecroisent ou se superposent parfois! Cette limpidité cristalline de la mer Rouge, ses coraux blancs ou roses selon la luminosité, ou d'autres encore plus sombres tirant allègrement vers le bleu ou le mauve. Et la vie sous-marine qui se déplace tout aussi fantastiquement tel un ballet dans une myriade de couleurs. Si je pouvais choisir je me laisserai emporter par les flots..
Je sors de ma torpeur ou plutôt de ma rêverie...Moise fait face à la mer, les pieds dans l'eau, il frappe la surface liquide...La mer s'ouvre...''
Marsa Alam, quelques milliers d'années plus tard....
Je suis dans le bus me conduisant à l'aéroport, j'ouvre les yeux...Mais je suis comme Salomon, je vois le même paysage que lui: le désert à gauche et à droite, la mer Rouge exceptionnelle, devant moi.. Salomon? Qu'aurais-je fait si j'avais été à ta place à Marsa Alam, en plein milieu du désert, face à la mer...