Si la suppression de l'indicatif départemental sur les plaques minéralogiques déclenche une telle polémique, c'est parce qu'elle symbolise la disparition progressive du département, que certains
appellent de leurs voeux.
«Le 62, c'est nous !» Pour disperser cet autocollant sur tous les pares brises du Pas-de-Calais, le Conseil général aurait dépensé la bagatelle de 24 000€. Cette «campagne de
sensibilisation», pour reprendre la formule du communiqué de presse, répond à une mesure du ministère de l'Intérieur visant à remplacer au 1er janvier 2009 le vieux système dit FNI
(Fichier national des immatriculations : 4 chiffres, 2 lettres et le code départemental) par un nouveau : le Système d'identification des véhicules (SIV) qui ne comporte que facultativement le
numéro du département. Conséquence inattendue de cette mesure, qui avait été présentée en juin 2005 aux collectivités territoriales, les Français retrouvent l'amour de leur département, chantent
les vertus de la solidarité routière et s'érigent en une myriade de collectifs contre une directive européenne… qui n'en est pas une ! De fait, pour une fois, l'Europe n'a rien à voir là
dedans.
Le 1er questeur de l'Assemblée en première ligne
Outre le président du Conseil général du Pas-de-Calais qui vantait les rencontres, les amitiés et même les «mariages» que la communauté départementale pouvait provoquer, le collectif
Touche pas à mon département a fait de cette inquiétude un business tout à fait lucratif, puisqu'il a débuté en janvier la vente d'autocollant frappés du numéro de département sur le site de
vente en ligne eBay : 2,50€ pièce + 50 centimes de port.
Le sujet mobilise même à l'Assemblée nationale, où le député des Bouches-du-Rhône (13) Richard Mallié, par ailleurs premier questeur (poste de gestion de l'Assemblée), a créé un collectif -
«Jamais sans mon département» - qui compte désormais plus de 70 députés de tous bords. Dans une très sérieuse lettre à la ministre de l'Intérieur, ce collectif revendique
l'attachement à un territoire, «à une identité». «Nous avons envoyé un courrier à tous les députés, ce qui est assez rare, et beaucoup ont répondu à notre solicitation,
explique-t-on au cabinet de M. Mallié. Nous comprenons les nécessités techniques mais les départements sont une institution forte qui a plus de 200 ans et qui signifie beaucoup plus pour
les Français que les régions.»
150 millions de numéros pour 40 millions de véhicules
En pratique, et comme l'explique largement le site du ministère de l'Intérieur, 150 millions de numéros de plaque sont aujourd'hui enregistrés pour seulement
40 millions de véhicules motorisés en circulation, une différence due aux conducteurs qui oublient de déclarer la mise à la casse de leurs vieux véhicules. «Notre premier objectif est
d'anticiper l'essoufflement de ce système, explique-t-on au cabinet de Michèle Alliot-Marie. Ensuite, le Siv simplifiera les démarches puisque le numéro sera attaché au véhicule, de
son acquisition à sa casse, ce qui économisera notamment les mutations de carte grise qui coûtent environ 200€ à chaque déménagement.»
Le numéro du département, lui, sera facultatif et pas forcément indexé sur le lieu de résidence : un Parisien supporter de l'OM ou un Breton exilé dans les Alpes pourront marquer la voiture du
département qu'ils souhaitent. Pourtant, selon un sondage paru dans l'hebdomadaire Autoplus du 5 mai, 71% des Français interrogés sont contre cette mesure :
38% d'entre eux parce que le numéro permet de repérer des compatriotes et 33% car ils sont attachés au numéro de leur département. Une contestation en hausse : un sondage du quotidien Ouest
France réalisé en septembre 2007 ne révélait que 64% de mécontents.
Selon ses collaborateurs, Michèle Alliot-Marie devrait recevoir le collectif parlementaire dans les jours à venir : «elle a su se montrer juste quand des corrections étaient
nécessaires, explique-t-on en faisant référence au système Ardoise, qui avait révélé des défaillances. Mais là, on ne peut rien promettre.» A la manière du CV anonyme, ces
plaques sans numéro de département auront au moins un avantage : les conducteurs du 93 ne seront plus systématiquement contrôlés par la police de la route.